Bourse et Paris Sportifs


Le première réflexion qui vient à l'esprit est que l'on utilise souvent l'expression "Jouer en Bourse". Cela montre bien les aléas qui entourent cette pratique. L'explosion de la bulle spéculative de ces dernières années, dont les bourses mondiales ne se sont toujours pas remises, montre bien les risques de la Bourse, qui sont très proches des risques des paris sportifs.
Le problème avec la Bourse, et de récentes affaires viennent de le rappeler, c'est que les gens oublient souvent ce caractère aléatoire (et certains conseillers financiers ne sont pas très bavards à cet égard). Hormis les placements à risque quasi nul, du type livrets d'épargne ou sicav monétaires, mais qui rapportent très peu, le risque de perdre gros est naturellement le pendant de la chance de gagner gros. Cela est vrai tant pour la Bourse que pour les paris sportifs. Mais pour les paris sportifs, et le jeu en général, les gens semblent beaucoup plus conscient de ce risque.

Il faut aussi parler de l'aspect social, qui est très important : la Bourse a longtemps été valorisée, comme une activité "noble", surtout dans les années 80 (rappelez-vous le film Wall Street !). A l'inverse, l'industrie du jeu a toujours été diabolisée (tout comme l'industrie du sexe, les deux étant d'ailleurs souvent mis dans le même panier peu flatteur). Donc autant votre voisin n'a pas honte de dire qu'il "boursicote", autant il lui sera beaucoup plus difficile d'avouer qu'il va au casino ou qu'il parie sur le sport. A la rigueur un lotofoot de temps en temps, version "politiquement correcte" du pari sportif, mais rien de plus. Vous connaissez sûrement plusieurs conseillers financiers, mais connaissez vous beaucoup de pronostiqueurs ?

Pourquoi cette diabolisation ?
Il est vrai que pour des raisons fiscales, la plupart des bookmakers sont implantés dans des paradis fiscaux, ce qui jette toujours un voile de suspicion sur cette activité. Or c'est une réaction un peu simpliste, car quasiment toutes les sociétés de dimension internationale (y compris celles cotées par exemple au CAC 40 et sur lesquelles personne ne se pose de questions) ont des filiales dans des paradis fiscaux, afin d'optimiser leur gestion financière, de manière tout à fait légale. Même les bookmakers britanniques réputés ont recours à des filiales offshore, dans le même but.
De plus de nombreux films ont eu comme scénario des casinos sulfureux, ou même des paris clandestins ! D'ailleurs, jamais on ne parle de "boursicotage clandestin" ! Le jeu, dans tous les pays, est très réglementé, car il fait appel à des pulsions primaires, qui apparaissent très négatives aux yeux de la société, et donc qu'il faut surveiller étroitement. Tout comme il y a des associations de type "alcooliques anonymes", il y a aussi les "joueurs anonymes" pour venir en aide aux brebis égarées. Mais à ma connaissance, il n'y a pas de boursicoteurs "anonymes".
Enfin, et il ne faut pas se le cacher, le blanchiment d'argent sale est rendu relativement facile, pour une organisation qui en a les moyens, au travers du jeu.

Malgré cette diabolisation, certains pays ont une vision beaucoup plus pragmatique des paris sportifs, en particulier la Grande-Bretagne, où l'activité est très réglementée, mais se voit aussi par là même reconnaître une certaine légitimité sociale.

Il faut cependant reconnaître qu'en pratique, la frontière qui existait entre la Bourse et le jeu tend à disparaître, particulièrement avec les nouveaux instruments financiers qui sont apparus sur le marché : quelle différence entre un futur, un warrant, un sous-jacent ou autre option boursière, comparée à un pari à long terme sur la victoire d'une équipe en coupe ou en championnat ? A l'inverse, apparaissent sur le net des bookmakers proposant des "paris boursiers" où vous ne pariez plus sur la victoire d'une équipe, mais par exemple sur le cours de clôture d'une action ou d'un indice ! Autant je comprends qu'en achetant des actions ou des obligations, on participe au financement et au développement de la société en question, autant j'ai du mal à voir où se trouve l'intérêt de la société quand il s'agit de futurs ou d'options sur des cours ou des indices. Et avec l'état d'incertitude actuel de la Bourse, il devient quasiment moins aléatoire de parier sur la victoire d'une équipe de foot que sur le cours de clôture d'une action ! Alors à quand l'application de la législation sur les jeux à ces nouveaux intruments "financiers" ?

Essayons nous maintenant à une comparaison entre Bourse et paris sportifs, et examinons quelques paradoxes en découlant :

Attention ! Le but de mon propos n'est pas de dire qu'il vaut mieux risquer son argent sur des paris sportifs plutôt qu'en Bourse. Je le redis bien fort :
- tout comme à la Bourse, personne n'est sûr de gagner de l'argent avec les paris sportifs (et d'ailleurs, sans méthode rigoureuse, la perte sera le cas le plus probable sur le long terme) ;
- tout comme à la Bourse, ne risquez jamais plus que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.
Mon but est juste de dénoncer certaines idées préconçues souvent trop favorables à la Bourse ou trop défavorables aux paris sportifs. Respectons les parieurs sportifs autant que les boursicoteurs !
Tout comme la Bourse peut être un passe-temps tout à fait acceptable, à condition de conserver la tête froide, je ne vois pas pourquoi les paris sportifs, avec la même réserve, ne pourraient pas l'être également. Suivre un match en direct permet déjà de passer un bon moment, mais si en plus le résultat est l'enjeu d'un pari, ça rajoute un zeste d'intérêt supplémentaire. Sans parler des nouvelles possibilités de paris en direct, qui sont proposées par un nombre grandissant de bookmakers. Mais attention à ne pas dépasser la dose prescrite !


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